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Au Soudan du Sud, les menaces à la liberté d’expression compromettent les efforts pour une paix durable (ONU)


Société

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Une véritable réconciliation et une paix durable au Soudan du Sud ne seront possibles que si les gens sont en sécurité et libres d'exprimer leurs opinions, ont prévenu les Nations Unies dans un rapport publié jeudi à Genève.

Produit par la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), le rapport souligne que les restrictions à la liberté d'expression réduisent davantage l'espace de débat et des divergences d'opinions dans ce pays d’Afrique de l’Est. Dans le même temps, l'incitation à la haine continue de provoquer la méfiance, la peur et la violence.

Entre juillet 2016 et décembre 2017, le rapport a identifié 60 incidents vérifiés au cours desquels l'exercice légitime du droit à la liberté d'expression de 102 victimes (dont 17 femmes) a été violé. Des incidents qui comprennent le meurtre de deux personnes, l'arrestation arbitraire et la détention de 58 autres, le licenciement de 16 individus, la fermeture ou la suspension de trois imprimeries de journaux, la censure d'articles de presse et le blocage de sites internet.

« Les personnes ciblées étaient perçues comme critiques à l'égard du gouvernement, ternissant la réputation du pays ou traitant de questions jugées sensibles », précise le rapport qui n’a pu vérifier que les violations dans les localités contrôlées par le gouvernement. L'insécurité et des restrictions d'accès n’ayant pas permis à l’ONU de se pencher sur les violations qui auraient été commises dans les zones contrôlées par l'opposition.
Les forces gouvernementales responsables des deux tiers des violations avérées des droits de l’homme

Seules les violations commises dans les localités contrôlées par le gouvernement de Juba ont pu être vérifiées dans le cadre de ce rapport. L'insécurité et des restrictions d'accès n’ayant pas permis à l’ONU de se pencher sur les abus perpétrés dans les zones contrôlées par l'opposition.

Le rapport montre que les forces de sécurité gouvernementales sont responsables des deux tiers des violations avérées des droits de l’homme. Des actes essentiellement perpétrés par le Service national de sécurité (SNS), l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et le Service national de police du Soudan du Sud (SSNPS), précise l’ONU.

« Les vastes pouvoirs de surveillance, d'arrestation et de détention du SNS, notamment l'intégration de ses agents dans certains bureaux de presse, ont dissuadé les gens de participer et de discuter de l'état du pays ou des droits de l'homme », soulignent la MINUSS et le HCDH. « Cela a conduit à un climat croissant d'autocensure ».

De nombreuses victimes ont déclaré ne pas avoir porté plainte par crainte de représailles de la part de personnes influentes et d'un manque de confiance dans les institutions, notamment les forces de l'ordre et le pouvoir judiciaire.

Toutefois, le rapport reconnaît les efforts déployés par le gouvernement et la société civile pour promouvoir un climat sûr et inclusif pour l'exercice du droit à la liberté d'expression et la promotion du dialogue démocratique, notamment par la libération des militants politiques et des journalistes sous le coup d’une détention arbitraire prolongée.
« Il est vital que les voix de tous les habitants du Soudan du Sud soient entendues »

« Le conflit du Soudan du Sud, avec des violations généralisées des droits de l'homme et des abus commis par toutes les parties, a infligé des souffrances intolérables à des millions de personnes » a déclaré le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. « Le peuple sud-soudanais a été privé du droit à la justice et du droit à la liberté d'opinion et d'expression, des droits qui ne sont pas un luxe mais essentiels pour instaurer la paix et le développement », a-t-il ajouté.

Après cinq années de conflit et le déracinement de quatre millions de personnes, des efforts locaux et internationaux sont en cours pour ramener la paix au Soudan du Sud. Compte tenu de l'importance de ces initiatives, dont le Forum de revitalisation de haut niveau à Addis-Abeba en Ethiopie et le processus de dialogue national, les acteurs de la société civile, les journalistes, les médias et les associations doivent pouvoir fonctionner librement sans censure, ni harcèlement ou menace.

« Il est vital que les voix de tous les habitants du Soudan du Sud soient entendues afin qu'une paix véritable, inclusive et durable puisse être atteinte », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général dans le pays, David Shearer. « Toutes les parties au conflit doivent respecter le droit des personnes à la liberté d'expression indépendamment de leur appartenance ethnique, de leurs croyances ou de leurs opinions politiques », a souligné celui qui dirige la MINUSS.
Dépénaliser la diffamation

Dans ce contexte, l’ONU plaide pour une modification de la législation pour dépénaliser la diffamation au Soudan du Sud et veiller à ce que les pouvoirs conférés aux forces de sécurité ne portent pas atteintes à l'exercice légitime du droit à la liberté d'expression.

Pour les Nations Unies, il est important que les violations du droit à la liberté d'expression fassent rapidement l'objet d'enquêtes et de poursuites. A cet égard, l’Organisation appelle toutes les forces armées à garantir la protection des journalistes, de la société civile et des défenseurs des droits de l'homme et à respecter leur droit de suivre et d’enquêter sur le conflit armé.

Le rapport recommande également de renforcer les mécanismes de lutte contre l'incitation à la haine tout en respectant pleinement le droit international relatif aux droits de l'homme, mais aussi de soutenir la formation des journalistes et veiller à ce que l'autorité des médias soit pleinement opérationnelle, indépendante et dotée de ressources adéquates.



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