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Afrique Afrique - L’Afrique est-elle économiquement intelligente ?


Société

iciLome | | Commenter |Imprimer

KOGOE Eyoukéliyè Jean-Baptiste vient de publier aux Editions Edilivre en France, un ouvrage intitulé : « L’Afrique est-elle économiquement intelligente ? ». En effet, dans la dramatique économique et commerciale ultra-libérale et mondialiste contemporaine les entreprises africaines ont du mal à faire valoir et à diffuser les spécificités de leurs produits et services, à remporter des marchés off-shore ou à l’export, et à bâtir des coopérations équilibrées avec le reste du monde que ce soit l’Occident ou l’Orient. Pour assurer le dynamisme de l’économie africaine, les acteurs du tissu économique du continent doivent protéger leur patrimoine immatériel, identifier les risques et les opportunités qui s’offrent à eux afin d’être les ambassadeurs d’une Afrique conquérante et décomplexée. Dans ces nouvelles grilles de lecture du monde, l’Afrique semble patauger dans une zone grise où les règles de l’économie de la maîtrise et de l’exploitation de l’information stratégique pour créer de la valeur durable dans une entité n’ont pas encore été adoptées par les principaux acteurs publics comme privés du continent. Et pourtant, faire de l’intelligence économique reviendrait à donner le sens du long terme à la compétitivité des économies africaines. Après avoir essayé au recto et au verso sans succès plusieurs modèles de développement économique, le continent africain ne devrait-il pas se résoudre à miser sur l’intelligence économique comme vecteur de croissance, d’opportunités, de création d’emplois, de valeurs et de richesses ?

L’auteur du livre est un ingénieur en informatique né au TOGO le 28 mai 1978 et titulaire de deux (02) MBA (Master of Business Administration) notamment un MBA en gestion de la technologie et de l’innovation et un second MBA en intelligence économique. Il a exercé pendant plus de dix-sept années dans des secteurs variés tels que les télécommunications, la banque-finance, l’intégration économique régionale. Depuis le 1ier juillet 2008, il occupe le poste d’expert informaticien à la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). L’ouvrage est disponible en vente en ligne sur Amazon France au format papier et numérique (Kindle) et sur le site web de l’éditeur www.edilivre.com au format papier et PDF.


Nom de l’ouvrage : L’Afrique est-elle économiquement intelligente ?
Genre : Economie - Stratégie et direction d’entreprise.
Auteur : KOGOE Eyoukéliyè Jean-Baptiste
01 BP : 767 Ouagadougou 01
Burkina Faso
Tél. : (00226) 78 69 78 50
E-mail : [email protected]


Interview de l’auteur de l’ouvrage

iciLome : Quel constat a motivé la rédaction de votre ouvrage ?
KOGOE Jean-Baptiste : Le constat qui a motivé la rédaction de mon ouvrage est celui du manque d’agilité des entreprises africaines qu’elles soient privées ou publiques. En effet, les entreprises du secteur privé et public africain ne parviennent pas à mobiliser des financements diversifiés et structurants pour conserver leur capacité de décision et se développer. Ils n’arrivent pas à anticiper les évolutions technologiques, normatives et juridiques encore moins à influencer sur elles dans le but de mieux les maitriser et d’acquérir ou de conserver un coup d’avance sur leurs concurrents. Pourtant, ces défis liés à la sécurité économique, à l’influence et à la veille regroupés sous le vocable d’intelligence économique pourraient bien constituer pour le secteur privé et public industriel et commercial africain un puissant outil de gouvernance et d’aide à la décision. Sur le plan du droit, alors que les anglo-saxons utilisent le droit comme une véritable arme stratégique au service des profits du secteur privé, l’on assiste en Afrique à un désarmement juridique des entreprises, ce qui constitue une faiblesse majeure dans le contexte d’intégration africaine. En outre, la gestion de l’information demeure dans les entreprises africaines le maillon faible de leurs gouvernances, car l’information interne ou externe lorsqu’elle existe n’est pas pertinente et manque de fraicheur, si tel n’est pas le cas, l’information n’est pas recueillie de manière structurée. Il existe de nombreuses carences dans la définition des besoins, la collecte, l’analyse, le traitement, la diffusion et le mode de présentation de l’information dans les entreprises africaines. Très souvent, l’information n’est pas bien triée, organisée et hiérarchisée de manière à pouvoir être diffusée facilement au sein de l’entreprise. Si les dirigeants sont de manière générale bien informés, il existe encore de réelles difficultés à voir l’information stratégique redescendre vers l’ensemble des collaborateurs. Toutes ces carences sont préjudiciables à décollage économique du continent africain.

iciLome : Quel est selon vous l’état des lieux de l’intelligence économique sur le continent africain ?

KOGOE Jean-Baptiste : La grande majorité des Etats africains ne disposent ni d’état des lieux des actifs technologiques clés (entreprises, savoir-faire, compétences stratégiques), encore moins d’une vision ou de stratégie partagée dans le domaine de l’intelligence économique. L’échec de la démocratisation de l’intelligence économique au sein des entreprises publiques comme privées africaines est dû avant tout :
? à l’absence de sensibilisation et de connaissances dans le domaine des enjeux stratégiques et des méthodes de l’intelligence économique ;
? au manque d’expertise africaine dans le domaine dû à la fébrilité du monde de l’éducation, de la recherche et de la formation africaine à créer des filières de recherche-développement et de formation universitaire dans la veille et la gestion stratégique de l’information et à intégrer l’intelligence économique dans les curricula des universités, des grandes écoles et les structures de formation professionnelle ;
? au manque de lisibilité des politiques publiques en matière de promotion de l’intelligence économique dans les administrations publiques comme privées où la pratique ne dépasse généralement pas l'activité de documentation économique ;
? à l’absence de création de pôles de compétitivité à même de capitaliser le partage d’information stratégique entre les entreprises nationales et créer l’émulation de l’innovation et de la science du partage ;
? à l’absence de production de connaissances adaptées aux enjeux de la mondialisation et utiles aux stratégies collectives et individuelles ;
? au manque de sources d’information fiables et reconnues sur le continent africain ;
? à l’absence de stratégies nationales et territoriales de compétitivité, de croissance et protection de l’emploi fondées sur la sécurité économique à travers la prévention des risques notamment immatériels, l’information, la veille stratégique, l’influence de long terme sur l’environnement économique mondiale, la conquête des marchés internationaux, la maitrise et la protection de l’information stratégique pertinente ;
? à l’absence de définition et de mise en œuvre de stratégies d’influence par la promotion du modèle social, économique, culturel, national et africain ;
? à l’absence de dispositifs institutionnels publics d’intelligence économique ;
? au manque d’optimisation du flux d’information entre le secteur public et le secteur privé ;
? à l’enracinement de cultures nationales du secret et de l’appropriation privative du savoir ;
? à l'absence de réel engagement humain, financier et matériel à long terme des directions générales des entreprises publiques comme privées dans les stratégies d’intelligence économique ;
? à la fébrilité des Etats, des collectivités territoriales, des acteurs publics et parapublics dans la promotion et la sensibilisation des PME/PMI et TPE qui n’ont pas forcément le temps ni les moyens de mettre en pratique une démarche d’intelligence économique.

iciLome : Comment l’intelligence économique peut-elle devenir le meilleur moyen pour l’émergence de l’Afrique ?

KOGOE Jean-Baptiste : Le développement économique et industriel de l’Afrique ne pourra se faire que si le continent d’une part met l’intelligence économique au cœur de ses politiques publiques de développement national et d’émergence des territoires et d’autre part réussit le pari de faire du renseignement l’infrastructure essentielle au savoir. Le renseignement est un formidable outil d’aide à la décision ou même l’outil maître nécessaire à la conquête des marchés, des espaces économiques et à la stimulation de la puissance économique, commerciale, technologique, scientifique, industrielle voire même militaire. Malgré ce constat, les entreprises africaines trainent encore les pieds dans l’adoption de l’intelligence économique comme élément essentiel de leurs cultures d’entreprises et marqueur génétique et stratégique majeur. Les rares entreprises du continent qui commencent à pratiquer la veille technologique et la sécurité industrielle ont d’énormes difficultés à maitriser les techniques de lobbying et d’influence. L’intelligence économique manque cruellement de visibilité dans les stratégies industrielles sur le continent et la culture collective de l’information et la gestion des données en temps réel fait défaut dans les faîtières patronales en Afrique. Cette triste situation est en ne plus préjudiciable à la pérennité et à la compétitivité du tissu économique et industrielle africain. Le constat est encore très peu reluisant pour ne pas dire catastrophique au niveau de certaines PME et surtout des TPE africaines qui semblent pour une partie non négligeable baigner dans des non lotis technologiques voire même des ghettos numériques dans lesquelles la culture de la gestion collective de l’information stratégique est une utopie. Les PME et TPE africaines n’ont pas encore clairement conscience du caractère vital de l’information stratégique et de sa maîtrise collective pour avoir une chance de s’en sortir individuellement dans ce monde dérégulé et mondialisé. Les entreprises africaines sont le plus souvent marquées par une gestion confinée, cloitrée, enfermée et individuelle de l’information comme instrument de pouvoir et de garantie de carrière professionnelle individuelle, alors que la réussite de toute entreprise implique un partage du savoir comme principal critère d’efficience et de rentabilité. Elles doivent changer de paradigme en construisant de la connaissance basée non plus sur une approche individuelle mais sur une dynamique collective (« War Room »). Le continent africain doit mieux prendre conscience du rôle stratégique de l’information, car l’idée idyllique selon laquelle l’économie est avant tout une compétition entre gentlemen où celui qui a le meilleur produit au meilleur prix l’emporte est en complet déphasage avec les réalités économiques et concurrentielles contemporaines. Nous ne sommes plus depuis très longtemps dans une économie de marché mais plutôt dans une économie de lutte acharnée et de combat. L’intelligence économique a déplacé le défi du registre du marché à celui de l’information stratégique. Il faudrait que les Etats et les entreprises africaines s’approprient cette nouvelle dimension des relations économiques et commerciales dans leurs stratégies de développement. L’intelligence économique doit devenir de pair avec l’innovation, le levier des stratégies africaines pour entrer dans la mondialisation. Les PME, PMI et TPE africaines ne doivent pas être du reste, elles doivent prendre conscience du potentiel offensif de l’ingénierie de l’information et l’intégrer dans leurs stratégies et pratiques quotidiennes.

iciLome : En quoi estimez-vous que l’Afrique est économiquement désarmée, selon vos propos ?

KOGOE Jean-Baptiste : « L’économie c’est la guerre » pour reprendre les termes de Frédéric CHARPIER. Dans ce contexte, l’Afrique n’a pas encore pris conscience que la guerre économique dans laquelle est engagée notre société contemporaine sera remportée par les Etats stratèges qui auront misé sur les atouts de l’intelligence économique et de la veille stratégique. Dans ce combat planétaire contemporain où les entreprises se livrent une guerre sans merci et qui s’exécute devant ses yeux, l’Afrique semble être spectatrice et résignée ; et pourtant elle dispose de nombreux atouts pour pouvoir peser dans la balance économique mondiale, avec notamment ses énormes ressources naturelles, minières, pétrolières, gazières, hydrauliques et un capital démographique des plus enviables dans le monde en terme de marché intérieur. La majeure partie des Etats africains n’ont su doter leurs politiques économiques d’un volet politique public d’intelligence économique avec pour finalité contribuer à la croissance de l’économie ainsi qu’à la préservation et à la création d’emplois sur leurs territoires nationaux. De ce fait, le continent fait face à un désert en ce qui concerne l’absence de tout dispositif de sécurité économique, et sa stratégie d’influence les rares fois qu’elle existe manque d’efficacité et d’efficience. Pour la très grande majorité des entreprises publiques comme privées africaines, l’intelligence économique est loin d’être leurs préoccupations quotidiennes. Or, ces entreprises africaines évoluent dans une économie mondialisée où la guerre est totale et générale et dans laquelle le relâchement ne pardonne pas. Pourtant, ces entreprises africaines traitent au quotidien des informations sensibles, et ont un savoir-faire et des actifs matériels comme immatériels successibles d’être protégés. Pour pouvoir exister sur la scène économique internationale, les entreprises africaines doivent anticiper les tendances et la concurrence, saisir les opportunités et influencer les normes internationales. Toutefois, la situation de plusieurs entreprises africaines est très peu luisante : elles rencontrent des problèmes d’organisation, manquent de compétences, de temps et de moyens pour mettre en œuvre des outils d’intelligence économique, manquent de stratégie claire et lisible de conquête et d’influence, absence de culture de l’information et de la sécurité. Face à ce désarmement économique de l’Afrique, il y a nécessité d’une résurgence et d’un réveil des acteurs économiques africains, afin que ces derniers ne deviennent des « tirailleurs sénégalais » des guerres économiques qui s’annoncent à l’horizon.

iciLome : Vous affirmez dans votre livre que : « Dans la grande guerre économique qui s’amoncelle à l’horizon et dont nous vivons les prémisses, seuls les paranoïaques survivront ». La paranoïa est-elle devenue selon vous une qualité ?

KOGOE Jean-Baptiste : Si sur le plan psychologique la paranoïa est présentée comme une maladie ou un défaut, sur le plan économique elle peut bien apparaitre sous ses plus beaux jours comme une grande vertu. En effet, la paranoïa économique lorsqu’elle se substitue à la négligence candide et ne conduit pas au délire, a cette grande qualité en ce qu’elle implique une sécurité basée sur une vigilance de tous les instants et de tous les niveaux. La sécurité économique de nos jours doit être globale à la fois dans sa dimension défensive que dans sa dimension offensive. Mais force est de constater que les entreprises africaines restent jusqu’à ce jour dans leur zone de confort en attendant « la première attaque » de l’ennemi ou sa prochaine incursion dans leurs périmètres de sécurité économique, si véritable périmètre de sécurité il y a. Cette situation rend les entreprises africaines très vulnérables à d’éventuels chocs systémiques tant endogènes qu’exogènes. A force d’avoir renoncé depuis longtemps à la prise de risques salutaires qui par des offensives économiques intelligentes pourraient rabattre les cartes géoéconomiques mondiales au profit de l’Afrique, les entrepreneurs africains sans en être conscients sont plus dans la gestion et le contrôle des défaites économiques et stratégiques face à l’Occident et à l’Orient que dans la gestion offensive de la conquête économique et commerciale par l’innovation, le renseignement, l’influence et la sécurité économique. L’exemple du Japon et plus récent de la Chine devrait édifier les décideurs et leaders du continent. Pour rattraper notre retard abyssal face à l’Occident séculier et à l’Orient émergent, les entrepreneurs et industriels africains à défaut de réinventer par eux-mêmes la roue se doivent de se donner les moyens d’aller chercher l’information stratégique où elle se trouve, pour cela elles ont sans aucun doute besoin de l’Etat stratège. Toutefois, si le rôle de l’Etat stratège est central, il ne doit cependant pas être centralisateur mais plutôt consister à impulser, accompagner, fédérer, coordonner et stimuler les initiatives qu’elles soient locales, territoriales, nationales ou communautaires. S’il est vrai aujourd’hui que la plupart des Etats africains ont tous des stratégies de développement économique très pertinentes notamment les Plans Nationaux de Développement (PND), il demeure moins vrai qu’ils possèdent des stratégies de domination et de puissance économique. Ce différentiel est justement apporté par l’intelligence économique soutien essentiel à la science, la recherche fondamentale et l’innovation. Si les Africains ne veulent pas seulement que bien vivre mais appartenir à des Etats nations puissants et influents sur l’échiquier mondial, ils devraient adopter des stratégies à même de bâtir le potentiel commercial, industriel et technologique africain gage de l’émulation des emplois et des capitaux.

iciLome : Vous affirmez dans votre livre que : « La guerre économique n’est pas une option mais elle s’impose à tous et à tous les niveaux ». Votre ouvrage ne semble-t-il pas quelque peu belliqueux ?

KOGOE Jean-Baptiste : Pascal GAUCHON disait que : « La paix est un souhait, la guerre est un fait ». La guerre dans laquelle nous sommes est une guerre de l’information stratégique, et l’infrastructure essentielle qui sous-tend cette guerre est l’économie du savoir. Dans le contexte mondial globalisé de la jungle économique actuelle, la guerre économique n’est pas une option, elle s’impose à tous et à tous les niveaux, car même si une entreprise ou un Etat ne la pratique pas, il en subira toujours et de manière inexorable ses conséquences. Ainsi, mieux vaut y participer en tentant d’influencer les normes et les règles du combat le plus possible plutôt que de devoir subir béat. Le sentiment d’attentisme voire de défaitisme du continent africain face aux velléités guerrières contemporaines sont très préjudiciables au continent, car pour un Etat, se soustraire du conflit économique actuel et des menaces belliqueuses à venir serait suicidaire. En effet, la guerre économique à ses vertus, car elle permet à chaque Etat d’encourager l’émergence de champions nationaux en mettant les entreprises en état d’innover, de conquérir des marchés internationaux, de financer la recherche et le développement, de s’implanter à l’étranger, bref d’affirmer ses marques dans une économie devenue mondiale, globale et globalisante. Le continent africain doit dès aujourd’hui peaufiner et aiguiser sa capacité de résilience, elle ne doit pas tomber dans la naïveté chinoise qui a attendu que la guerre économique se déclenche d’abord avec l’administration américaine pour qu’elle puisse se réveiller de la léthargie dans laquelle son industrie technologique était dans le domaine très stratégique et prisé des microprocesseurs et des systèmes d’exploitation pour appareils mobiles (smartphones, tablettes, etc.). En lieu et place d’une politique avant-gardiste, autonome et souveraine d’intégration technologique verticale, la Chine s’est pendant des décennies appuyée sur les fondeurs et les licornes américaines et britanniques pour ce qui est du cœur thermonucléaire de sa technologique. Cette erreur presque de débutant est aujourd’hui très chère payée par le pays de MAO, qui malgré ses récents investissements dans les processeurs (d’entrée de gamme) et un système d’exploitation libre sous Android aura d’énormes difficultés à approvisionner son industrie nationale en composants électroniques et à vendre de nouveaux terminaux mobiles hors de Chine faute d’une App Store bien garnie. Le continent africain s’il prévoit encore d’exister sur le plan économique dans les cent ou deux cent prochaines années alors même que ses ressources minières, pétrolières et gazières seront épuisées, doit se défaire du complexe d’infériorité qu’il entretient à l’égard des activités d’intelligence économique, car la rentabilité de l’information accessible à tous n’est plus à démontrer. Pour l’émergence du continent africain, il est impérieux de décriminaliser le terme « Intelligence » dans l’imaginaire des entrepreneurs africains.

iciLome : Que doivent faire les Etats africains selon vous ?

KOGOE Jean-Baptiste : Les Etas africains doivent repenser leurs stratégies opérationnelles à mener dans les enceintes internationales quand elles en ont, fixer leurs priorités normatives des marchés actuels et futurs et de leur gouvernance. La prise en compte de l’intelligence économique dans les politiques publiques africaines permettra au tissu économique du continent de pouvoir rayonner au-delà de l’Afrique en plaçant l’anticipation et l’influence au cœur de la stratégie publique en ce domaine. En effet, l’efficacité stratégique et la performance des nations qui savent organiser la coordination des capacités et les pratiques de gestion de l’information n’est plus à démontrer. Sous la coordination de leurs Etats respectifs, les entreprises africaines doivent apprendre à aller chercher l’information stratégique où elle se trouve, pour la traiter, l’analyser et la diffuser en interne, mieux les entreprises africaines doivent devenir « data driven », c’est-à-dire orientées sur la donnée avec une culture de la donnée pointue via des technologies et des méthodes. Il faut transformer l’environnement culturel des entreprises africaines pour qu’elles aillent vers une culture pilotée par l’information. L’information doit être considérée comme une ressource au même titre que les matières premières, l’énergie ou la force de travail. Si l’information ne fait pas gagner la guerre économique, elle est un élément crucial de la victoire, car elle permet d’anticiper les actions de l’adversaire et de préparer des stratégies gagnantes. Qui détient la bonne information, au bon moment et au moindre coût détient l’issue de la guerre économique. Les administrations tant publiques que privées africaines se doivent de partager et faire circuler cette ressource essentielle qu’est l’information économique, véritable levier de développement économique. Les entrepreneurs africains du monde économique de demain doivent être hybrides s’ils veulent influencer et conquérir le monde avenir, pour cela, ils doivent savoir surveiller comme les chinois, analyser comme les français et agir comme les américains. Les entrepreneurs et leaders africains doivent prendre conscience que qui cherche à préserver et garantir la paix économique d’aujourd’hui prépare la guerre économique de demain. Ainsi, dans un monde contemporain tenté par les confrontations belliqueuses, qu’elles soient militaires ou économiques, l’Afrique doit se préparer et s’outiller pour la belligérance de demain.

iciLome : Quel est selon vous le modèle économique sur lequel devra se fonder l’émergence du continent africain ?

KOGOE Jean-Baptiste : L’Afrique doit passer d’un modèle économique bicéphale basé sur l’ « Extract in Africa » et le « Grow in Africa » à un modèle de croissance fondé sur le « Made in Africa ». En effet, avec des économies principalement soutenues par le secteur primaire avec ses industries minières et extractives de ressources limitées et finisables, et ses produits agricoles bruts non transformés, l’avenir économique et commercial du continent africain à long terme est en pointillés. Pour parvenir à cette transformation structurelle de nos économies africaines rien de mieux que l’intelligence économique comme soubassement à la révolution économique du continent africain. En effet, le développement de l’écosystème industriel africain, la stimulation et la défense des emplois du continent et le renforcement de la capacité de négociation de l’Afrique dans les instances internationales reposent sur la gestion stratégique de l’information comme levier essentiel de compétitivité. Lorsqu’on jette un regard sur la mise en œuvre des stratégies de développement du continent africain, on a rarement l’impression que le continent dispose d’une vision de conquête et de contrôle total et entier sur le monde contemporain et celui à venir. L’Afrique semble plutôt être dans ce que j’appelle du « defeat containment » dans le meilleur des cas, face à un Occident vorace et à un Orient téméraire. C’est une situation très triste et lamentable, car l’Afrique a ainsi renoncé à son droit à la puissance et à la domination sur le monde contemporain et futur pour s’arcbouter sur son devoir de développement. Le développement industriel et commercial de l’Afrique passera inexorablement par le développement de l’industrie de l’information. Pour faire émerger le « Made in Africa », l’Afrique doit d’abord et avant tout aspirer à la suprématie intellectuelle dans la guerre économique contemporaine.



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