AZIZO.NET  | AFRICAHOTNEWS.COM   
HOME
Actualité Bénin  |  Maghreb  |  Afrique de l'Ouest  |  Afrique Centrale  |  Afrique de l'Est  |  Afrique Australe  |  Ocean Indien  |  International

Togo Togo - Au Togo, des opposants ciblés par un logiciel espion


Société

- | | 10 Commentaires |Imprimer

Pegasus, le mouchard de la société israélienne NSO, est censé être destiné à la lutte contre le terrorisme.

ENQUÊTE

A ses paroissiens de Kpalimé, ville agricole dans le sud-¬ouest du Togo, Mgr Benoît Alowonou aime à répéter que « Dieu connaît la vérité du cœur ». Pas tout à fait les secrets qui intéressent le régime togolais ; un pouvoir qui, lui, « connaît » jusqu’au contenu du smartphone de l’homme de foi. Selon une enquête menée par Le Monde et The Guardian, le religieux de 71 ans est l’un des six Togolais à avoir été ciblés par un logiciel espion très sophistiqué dénommé Pegasus. Une arme numérique développée et vendue aux Etats par la société israélienne NSO Group qui permet, dans sa version basique, notamment de géolocaliser la victime, lire ses messages et ses courriels, voire d’activer le micro et la caméra de son téléphone.

Officiellement, elle est destinée à la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité. Au Togo, elle a été utilisée contre des religieux catholiques, des militants de la société civile et des politiciens de l’opposition. Ces voix qui critiquent le pouvoir autoritaire du président Faure Gnassingbé ont subi à leur insu des piratages de leurs smartphones au cours de l’année 2019.

« Je n’ai rien à cacher mais il semble clair que ce type de logiciel est dangereux pour nos libertés », réagit Mgr Alowonou. En tant que président de la Conférence des évêques du Togo, il a eu à orchestrer des dialogues et des tractations délicates entre l’opposition et ce pouvoir que les religieux critiquent régulièrement pour ses dérives autoritaires. « Il est de notre devoir de dire publiquement des vérités qui dérangent », insiste l’évêque de Kpalimé. Cette liberté de parole lui a¬t¬elle valu d’être ciblé par le logiciel Pegasus ?

« Cette violation claire des libertés des citoyens est très grave », pense le père Pierre Chanel Affognon. Avec le mouvement citoyen Forces vives Espérance pour le Togo, ce prêtre est, lui aussi, engagé dans la lutte pour la démocratie dans ce pays d’Afrique de l’Ouest dirigé par la famille Gnassingbé depuis 1967. L’actuel président de 54 ans a entamé son quatrième mandat en mai, réélu avec un score écrasant de 70,78 % fortement contesté par l’opposition et la société civile.

Le père Affognon s’est longtemps demandé comment certaines de ses conversations WhatsApp ont pu se retrouver sur des sites Internet de propagande du régime. Mystère levé en octobre 2019, lorsqu’il reçoit un message d’alerte l’informant qu’il a été ciblé par Pegasus. « J’ai été choqué et cela m’a rappelé combien nos libertés individuelles sont réduites », se souvient le prêtre. Tout comme Mgr Alowonou, il explique ne pas avoir informé le Vatican de cette tentative d’espionnage subie par l’Eglise catholique togolaise, faute de certitudes.

Le logiciel Pegasus exploitait une faille de sécurité de la messagerie WhatsApp, propriété de Facebook, qui a porté plainte en octobre 2019 aux Etats¬Unis contre NSO Group. La société israélienne, rachetée par le fonds d’investissement britannique Novalpina Capital quatre mois plus tôt, est accusée d’avoir permis l’espionnage d’au moins 1 400 utilisateurs de WhatsApp dans le monde.

« La pointe hideuse de l’iceberg »

Pour les identifier, WhatsApp a recouru aux investigations numériques du Citizen Lab de l’université de Toronto, un groupe d’experts en sécurité informatique. L’un de ses principaux chercheurs, John Scott¬Railton, compare les découvertes à « la pointe hideuse d’un iceberg bien plus vaste ». Après que le continent africain a été inondé au XXe siècle d’armes de guerre d’Europe de l’Est, aujourd’hui « tout régime autoritaire cherche à s’équiper d’armes numériques invisibles pour espionner sa population, sa diaspora, ses voisins et des diplomates étrangers », analyse¬-t-¬il.

Au Togo, la surveillance fait depuis longtemps partie du quotidien des militants prodémocratiques. Des micros distillés dans les lieux de réunion aux écoutes des lignes téléphoniques GSM en passant par la plus prosaïque infiltration des associations et partis politiques par des agents du régime, la panoplie était déjà large avant Pegasus. Mais avec ce logiciel, un palier technologique a été franchi par les services de renseignement togolais.

« Conscients de vivre dans une dictature militaire, nous n’avons pas le même rapport à l’Etat et aux libertés que dans les démocraties occidentales, confie un militant ciblé lui aussi par le logiciel espion et qui requiert l’anonymat. Si l’usage de Pegasus est indéniablement scandaleux, reste que face aux risques d’assassinats, de condamnations de justice iniques, d’arrestations et de détentions arbitraires, ce n’est pas ce que l’on craint le plus ». Globalement, les opposants politiques et les militants de la société civile dont les smartphones ont été la proie du logiciel espion sont plus surpris par la sophistication de l’outil que par la démarche.

« Le régime considère que l’ennemi numéro un est intérieur. Et il dépense des millions d’euros pour acquérir des technologies de surveillance plutôt que de développer le pays », déplore le politicien Raymond Houndjo. Ce proche collaborateur de Jean¬Pierre Fabre, figure de l’opposition, confirme au Monde avoir été lui¬même visé par Pegasus comme l’en a informé WhatsApp par message. Tout comme l’ancien chef de la diplomatie Elliott Ohin, qui occupa des fonctions ministérielles entre 2010 et 2019.

« Usages inacceptables »

La bataille pour les libertés est devenue encore un peu plus asymétrique sur les territoires numériques togolais où s’est renforcé l’arsenal répressif du régime. Pour la ministre de l’économie numérique et des innovations, Cina Lawson, le Togo a vocation à devenir un « hub technologique » régional. Interrogée sur l’usage du logiciel espion israélien, elle n’a pas souhaité réagir, pas plus que la présidence togolaise.

« Nous ne pouvons pas confirmer ou infirmer l’identité de nos clients », indique pour sa part la société israélienne, pour qui le choix des cibles est du ressort des Etats, même si ces derniers sont « contractuellement tenus d’[utiliser Pegasus] uniquement contre les terroristes et les criminels ».

La menace djihadiste, bien réelle dans la région du nord du Togo frontalière avec le Burkina Faso, a été une aubaine pour le régime, qui en a profité pour renforcer le périmètre des services de sécurité. Pegasus a surtout été utilisé à des fins d’espionnage d’acteurs prodémocratiques. « Certains usages sont purement inacceptables mais une fois le produit vendu, tout dépend de ce que le client en fait, explique Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats¬Unis, aujourd’hui “conseiller extérieur” de NSO Group. On ne peut pas interdire ce qui existe déjà. Il me semble préférable de réfléchir à une meilleure réglementation. C’est ce à quoi je contribue ».

L’exportation du logiciel à des Etats est soumise à l’aval du ministère israélien de la défense. Or, le Togo est un des alliés historiques africains les plus fidèles d’Israël, le seul pays du continent à avoir soutenu, fin 2017, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale.

En octobre de cette même année devait se tenir à Lomé, la capitale, le sommet Afrique¬Israël, annulé dans un contexte de manifestations de l’opposition réclamant le départ du président Faure Gnassingbé et de pressions diplomatiques de pays africains musulmans. L’autocrate avait fini par couper Internet, ce qui a valu au Togo d’être condamné, en juin 2020, par la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Lorsque Internet fonctionne, il est toujours sous étroite surveillance et Pegasus peut faire son travail d’infiltration numérique. NSO Group se dit « incroyablement fier de la contribution de la technologie dans la lutte contre le terrorisme et les crimes graves à l’échelle mondiale et de [son] rôle pour aider les gouvernements à sauver des vies ».

Sur le continent africain, le Togo n’est pas le seul client de NSO Group. Le pouvoir rwandais de Paul Kagame, un proche du président Gnassingbé, a aussi utilisé Pegasus pour cibler les smartphones d’opposants, comme l’a révélé le Financial Times. Le Maroc est, lui, soupçonné par Amnesty International d’avoir infiltré l’appareil d’un journaliste et militant des droits humains. Ce que dément le royaume.

« En Afrique, le nombre de clients continue d’augmenter, constate John¬Scott Railton, du Citizen Lab. L’exemple du Togo illustre une fois encore que cet espionnage numérique a des finalités plus politiques que sécuritaires. » Au risque de voir se généraliser les usages de cette arme numérique contre des civils.


Source : Joan tilouine/Le Monde Afrique/Mardi 4 août 2020



Autres titres
Togo Togo - Répartition par âges des décès de Covid-19 
Togo Togo - La Police indique avoir arrêté les braqueurs du 13 septembre au grand marché de Lomé 
Togo Togo - Inondations : Le gouvernement se planche sur le sujet 
Plus de nouvelles




 10   Nougna | Mardi, 4 Août 2020
  Au lieu de gaspiller nos milliards pour espionner les opposants, penser plutôt au bien-être de la population. On a d'hôpitaux dignes de ce nom, pas d"infrastructures. Nous manquons de beaucoup de choses, mrs les gouvernants.
Allez à l'ouest voir ce qui se passe. Ayez de l'ambition pour votre pays, cest beaucoup mieux; car que vous le vouliez au nom la mort sera toujours au rendez-vous malgré vos systèmes d'espionnage. Faure, tu n'es pas immortel. Alors, fais le bon choix.

 9   issifou | Mardi, 4 Août 2020
  " Un homme honnête n'a rien à craindre d'une écoute sécuritaire" dixit monsieur @procureur!! Post.3
C'est exact et tant mieux pour ceux qui aspirent à vivre en paix. Cependant les hommes honnêtes ont droit aussi à la protection de leur vie privée et de leurs données personnelles et c'est un droit constitutionnel! On veut bien croire que les écoutes sécuritaires tiennent compte du respect de ce droit constitutionnel du citoyen.

 8   Kombaté | Mardi, 4 Août 2020
  Le togolais a des problèmes on discute mais on manque beaucoup de choses pour convaincre.je ne comprends pas ,aujourd'hui le Togo est épargné pour le moment du terrorisme on applaudit et on rit yayaya sans savoir par quelle alchimie le gouvernement fait le travail aujourd'hui même nos télévisions sont porteurs du camera tu es dans ta chambre regardant ta télé l autorité te regarde aussi partout au monde c est comme ça maintenant .Pourquoi se plaindre si on a pas de mauvaise intention.?

 7   Procureur!! | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 6-le fou
  Ce logiciel va rendre service à beaucoup de gens y compris vous "le fou", il vous permettra de suivre votre épouse à la trace. Vous, le jaloux pisteur!

 6   le fou | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 3-Procureur!!
  Mr le procureur a la sauvette,
Tu sais, les terroristes n'ont pas forcement besoin de whatsapps ni de facebook pour commettre les attentas!
Si c'etait le cas il n y aura plus d'attentats en Israel ni ailleurs.
Et pour te mettre a jour:
"Pegasus" apres recherche aurait coute 80 millions de dollars au Mexique soit 45 milliards de Francs CFA.
Pour le Togo, il faudra ajouter les commissions et les retro commissions.
Cette bagatelle equivaut a plus de 5% du budget annuel du Togo.

 5   Essosolam | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 3-Procureur!!
  Je propose à tous d'éviter le téléphone. C'est la meilleure manière de se cacher au monde . Je suis les films policiers. Les plus grandes décisions se prennent à huit clos. Avoir un téléphone portable c'est s'exposer. N'utilisez plus whatsap, instagram et vous ne serez plus vulnérables. N'ayez plus confiance au chiffrement. Ici plusieurs hommes d'église et religieux l'ont compris. Ils n'utilisent plus de téléphone ni de réseaux sociaux. C'est la solution définitive chers amis.

 4   le fou | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 3-Procureur!!
  Mr le procureur a la sauvette,
En definif vous confirmez que c'est le cas!

 3   Procureur!! | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 2-LU POUR VOUS
  Vous jouez aux naïfs pas possible. Les téléphones et ordinateurs que vous utilisez aujourd'hui sont tous répertoriés (IP).

Par ailleurs mettez votre angélisme au Q. La moitié du B.Faso est amputé par le terrorisme, sans évoquer le Nigeria. Ces pays donneraient tout pour avoir le moyen de suivre le banditisme jihadisme. Récemment le nord RCI ciblé.

Le Togo par sa géographie est l'un des États très aisément attaquables.

Autrement vous serez les premiers à dénoncer l'incapacité étatique à protéger le citoyen!

Un honnête homme n'a rien à craindre d'une écoute sécuritaire !

 2   LU POUR VOUS | Mardi, 4 Août 2020
  Réponse à 1-Kombaté
  Je veux ici partager avec vous mon expérience avec le réseau de téléphone mobil togolais.
J'ai effectué en mars 2016 en compagnie de mon fils une visite familiale au Benin suivie d'un crochet militant au natal togolais. Mon fils qui prépare actuellement un BAC en technique Informatique avait installé sur son portable un programme anti-espionnage. Lorsqu'il avait voulu introduire une carte Sim de TOGOCEL, le programme anti-espionnage lui avait annoncé qu'un programme espion se trouvant dans la mémoire de la carte SIM de TOGOCEL cherche á s'installer secrètement sur son téléphone portable.
Il avait l'option de refuser ou d'accepter l'installation du programme Espion.
Lorsqu'il avait choisi l'option « refuser l'installation du programme Espion» la carte Sim refuse de s'activer. Quand il accepte que le programme s'installe, la carte Sim s'active automatiquement. Cela veut bien signifier que personne ne peut utiliser son portable au Togo sans avoir accepté de gré ou de force l'installation d'un programme Espion des renseignements généraux sur son portable.
Le programme s'appelle en mars 2016 Menu MC+ Version 5.1.1-N910FXXS1COK2
Quand mon fils demande á son programme Anti-Espion de détailler le rôle que pourrait jouer le programme Espion de TOGOCEL dans son portable, alors nous avions été choqués de constater que le programme est conçu pour fournir toutes les informations possibles á savoir :
- La position GPS de l'utilisateur
- Le cahier d'adresses et contacts de l'utilisateur
- Enregistrement des appels entrés et sortis
- Les SMS
- Et même prise de photos á l'insu de l'utilisateur
C'est totalement inacceptable qu'on puisse porter atteinte dans une telle proportion aux libertés publiques dans un pays démocratique. Mon fils a procédé á des captures d'écran comme preuve que je vous présente ici.
Chaque démocrate doit tenir compte du danger politique que représente l'utilisation du téléphone portable au Togo.

 1   Kombaté | Mardi, 4 Août 2020
  Le monde n est plus ce qu il est ,vous avez bien dit de cibler les terroristes n est ce pas?De quoi se plaint cet homme de Dieu? Ta mission c est la grande commission.Pourquoi se plaindre si tu t attaches a ta mission? Jean Baptiste l a dit dans le désert.Que les hommes de Dieu s attachent à la paroles de Dieu et les politiciens s attachent à la politique etc..etc
.


Accueil | Contactez-nous |
iciBenin.com